‘’Sékou Touré, un totalitarisme africain’’


Rectificatifs à l’attention de M. Maurice Jeanjean, à propos du chapitre : ‘’Sa Famille’’, dans son livre sur le Président Sékou Touré :

S’agissant de la naissance de Hadja Andrée Touré (veuve du Président Sékou Touré), j’ignore d’où vous sortez qu’il s’agit d’une fille « non reconnue » !

Quoi qu’il en soit, pour la petite histoire, Kaissa Kourouma a effectivement, en premières noces, été mariée au Dr. Duplantier alors qu’elle n’avait qu’environ 16 ans. C’est à Macenta où il était affecté, que lors d’une fête du 14 Juillet, le Français avait aperçu la jeune fille. Il avait ensuite recherché sa famille afin de la demander en mariage. La famille qui était très opposée à ce mariage essaya de présenter une autre jeune fille à sa place mais Duplantier voulait coûte que coûte celle qui avait attiré son attention le jour de fête.

Terrifiée à l’idée de voir sa fille épouser un « blanc », Fatouma Kourouma s’enfuit avec l’adolescente dans un village environnant. Après avoir été menacé d’emprisonnement, l’oncle paternel de Kaissa qui avait sa garde depuis le décès de son père, les obligea à revenir à Macenta. C’est ainsi que le mariage eut finalement lieu. Le couple vivait au camp militaire de Macenta. Marie-Andrée est née en 1934, c’est son père qui a assisté l’accouchement et a informé la famille Kourouma qu’une fille était née. Comme il en était coutume à l’époque pour la plupart des métis issus de « mariages coloniaux », elle porta le nom de famille de sa mère. A la fin de son service en Guinée, avant de faire ses adieux pour la France, le Dr Duplantier prit le soin de confier l’éducation de sa fille qui avait à peine deux ans, à sa marraine Louise Rouvin ainsi qu’à l’un de ses associés du nom de Thierno Madjou Bah. A Kaissa Kourouma, il laissa une maison et des bijoux en or. Le Dr Duplantier qui était en fait un médecin militaire aurait perdu la vie pendant la deuxième guerre mondiale. Louise Rouvin est restée très proche d’Andrée. Elles se sont revues pour la dernière fois en 1982, c’était lors de la visite officielle de Sékou Touré en France en 1982. Louise est décédée en France en 1985 sans avoir eu le soulagement de voir sa filleule libérée de prison.

Quant à Thierno Madjou Bah, originaire de Pita, c’est lui qui a épousé Kaissa Kourouma en secondes noces et non « un Keita » comme vous l’affirmez !!! De ce second mariage sont issues Laouratou et Aissatou Bah (« Astouba » n’est que son surnom et elle est bien loin d’être Keita !). Laouratou est décédée en bas âge. Mme Sangaré, Aissatou Bah (paix a son âme), nous a aussi malheureusement quittés en Janvier 2005. Encore une fois, contrairement à ce que vous affirmez, elle était très loin d’être l’épouse de Moussa Diakité mais plutôt celle de N’faly Sangaré. Le couple Sangaré est très bien connu et beaucoup de Guinéens trouveront sans doute cette double confusion dans votre livre, tout à fait ridicule. Pour confirmation, vous pouvez demander à qui vous voulez, la Guinée est une famille, tout le monde se connait parce que tous les Guinéens sont tous liés d’une manière ou d’une autre. Ce sont des centaines de Guinéens de tous bords, y compris des familles de victimes du Camp Boiro,  qui en 2005 ont tenu à rendre un dernier hommage a feu Mme Sangaré Aissatou Bah, demi-sœur cadette de Hadja Andrée.

Après le décès de son second mari, Kaissa Kourouma qui avait vécu environ 6 ans à Pita avant d’être veuve, décida de regagner sa ville natale de Macenta en compagnie de ses deux filles Andrée et Aissatou. Elle y épousa Ibrahima Sory Keita en troisième et dernières noces ! Elle n’a évidement jamais épousé Sinkoun Kaba qui était plutôt le mari de l’une de ses grandes sœurs : Maylon Kourouma. Ibrahima Sory Keita qui avait fait ses études supérieures au Sénégal servait comme comptable dans l’administration coloniale. Polygame, il avait épousé au total au moins 10 femmes, Kaissa Kourouma était la 7è. Six enfants sont issus de leur mariage :

1-   Fatoumata Keita (« Tata », c’est elle que Moussa Diakité avait épousée en secondes noces, d’ailleurs bien après son entrée au gouvernement de AST car il était un compagnon de l’indépendance) ;  2- Sona Keita ;  3- N’fa Mory Keita ; des jumeaux, 4- Lancinet et 5- Lounceny et enfin la toute dernière 6- Fatoumata Sayon Keita.

En réalité, aucun des demi-frères ou sœurs de Hadja Andrée n’ont servi dans le gouvernement de Sékou Touré.

En effet, il n’y a absolument aucun lien de sang entre Andrée et Aissatou d’une part, Seydou et Mamadi de l’autre !! Mieux, Seydou et Mamadi Keita n’étaient même pas des frères !!! C’est donc vraiment le comble de la confusion quand vous faites passer trois personnes (Seydou, Mamadi et Aissatou) qui sont issues de trois couples bien distincts, pour trois frères et sœurs de même père même mère, soi-disant « noyau d’un clan Keita » !!!

Seydou Keita était l’un des très nombreux enfants d’Ibrahima Sory Keita. Il était le fils de sa 4è femme, Sona Camara. Cette dernière lui a fait quatre enfants : Minata, Nialen, Seydou et Odia ;  Odia Keita est décédée dans un accident d’avion en Roumanie dans les années 70. C’est Seydou qui jusqu'à son arrestation le 3 avril 1984 s’était occupé des enfants qu’elle a laissés. Il vous suffit d’interroger Mme Karim Bangoura (la veuve de votre ami) elle saura sans doute vous donner quelques explications, étant donné que le plus jeune des frères de Karim Bangoura est marié à l’une des filles de Odia (sœur même père même mère de Seydou Keita).

Seydou, personnage médiocre ? Vous tirez cela du livre combien erroné de Ibrahima Baba Kaké « le héro et le tyran ». Ce que vous ignorez peut-être c’est que ce même Baba Kaké l’a amèrement regretté. Il s’était soudainement souvenu des liens profonds entre sa famille et celle de Seydou à Kankan sans compter que Mamadi Keita avait été son ami d’enfance. Il aurait été chagriné de n’avoir pas pu entendre leurs versions qu’ils ont emporté dans leur tombes. Il avait même promis de réécrire son livre en « corrigeant » les erreurs. Dieu sait qu’il y en a ! Il est lui même mort avant d’avoir accompli ce souhait. N’ayant pas directement vécu sous le régime de Sékou Touré et ne possédant pas assez de documents écrits, il s’était finalement peut-être trop fié à de douteux témoignages oraux. Pour prouver sa bonne fois, il est même allé jusqu'à chercher par l’intermédiaire de son ami N’faly Sangaré (le mari d’Astouba) à rencontrer Hadja Andrée après sa libération de prison en 1988. La rencontre n’eut jamais lieu, il est bien évident qu’avec le traumatisme qu’elle y avait subi, elle n’était pas encore prête à entendre parler de politique et puis s’agissant de Baba Kaké, difficile de vomir pour ramasser son vomi, non ? Il me semble bien que dans le fameux livre de ce « super » biographe de Sékou Touré (le meilleur selon vous, mon œil !), il fait miraculeusement naitre Aminata Touré (qui est née en 1953) en plein 1955. Très fort ! Le but de cette falsification de date étant de mieux diaboliser Sékou Touré en s’apitoyant sur les deux femmes l’une soi-disant trompée, l’autre abandonnée, mais quel gros mytho ! Margueritte Colle qui avait déjà été mariée était mère de deux enfants lorsqu’elle s’est fiancée avec Sékou Touré. C’est sa famille protestante qui pour des raisons principalement religieuses semblerait-il (Sékou Touré était musulman et non athée comme vous l’imaginez !) s’était opposée à leur union. Entre-temps, il avait connu la jeune Andrée chez son oncle Sinkoun Kaba, le mari de sa tante Maylon. C’est l’oncle Sinkoun qui arrangea le mariage malgré les réticences du beau-père Sory Keita.

Qui était Mamadi Keita ? Le fils  d’un demi-frère aîné de Ibrahima Sory Keita. Son père se nommait Bakari, c’est son oncle Sory qui avait encouragé sa scolarisation. Mamadi et Seydou n’étaient que des cousins. Mais bon, en Afrique, un cousin est un frère, une tante maternelle est une maman, un oncle paternel un papa et souvent on appelle même les voisins ou les amis: « mon frère », « ma sœur » !  Voyez toutefois comment vous êtes très loin de la réalité pour n’avoir pas pris la peine de vous renseigner. J’ose croire que ce n’est pas sciemment.

Pour rappel, Seydou et Mamadi Keita ont été fusillés sans jugement dans la nuit du 6 au 7 Juillet 1985. Ils étaient au total 22, tous plus ou moins liés à Sékou Touré par le sang, le mariage ou l’amitié. Certains comme Toumani Sangaré (demi-frère de N’Faly Sangaré) et Baba Kalagban (garde du corps) auraient été froidement égorgés. Maintenant que certaines langues commencent à se délier l’on raconte aussi qu’Ismael Touré aurait été enterré vivant après qu’on lui eut arraché les yeux ! Il n’y a jamais eu de jugement. Quelqu’un disait : n’est ce pas déjà un double crime que d’exécuter un criminel de manière extrajudiciaire ? En fait, de ces 22 personnes, peu sont celles qui auraient été compromises, s’il y avait eu un jugement, beaucoup sont donc morts sans même savoir pourquoi, la grande majorité n’ayant jamais été ni de près, ni de loin liés à quoi que ce soit qui s’est passé au Camp Boiro. Pendant que l’on faisait croire que ce même fameux Camp avait été vidé et fermé. Hadja Andrée, Aminata et le jeune Mohammed, les deux sœurs du défunt Président Ramata et Nounkouma, ainsi qu’une cinquantaine d’autres membres de la famille et des anciens ministres, ambassadeurs ou autres y étaient tous séquestrés et torturés avant d’être finalement transférés au camp de Kindia. Pendant que l’on criait « plus jamais ça », l’on finançait aussi secrètement la répétition de ça. Certains en appelaient même à l’extermination de la familleTouré, femmes et enfants y compris. D’autres sont allés jusqu'à assister en personne aux tueries de 1985, pour assouvir leurs brûlants désirs de vengeance (Il y a eu aussi un groupe d’une centaine de militaires malinkés, Diarra Traoré en tête qui ont été fusillés aux alentours du 11 Juillet 1985, les deux « opérations » ont été dirigées par les mêmes personnes). Or on ne lave pas le sang par le sang. Mais c’est la loi du talion qui a été appliquée et cela aussi il faudrait avoir l’honnêteté de le dire.

Si la famille a gardé le silence c’est grâce à la sagesse des aînés. Ce qui a été dit aux orphelins c’est de n’en vouloir à personne car rien ne peut être fait contre la volonté divine. Hadja Andrée est la première à dire avec le recul que tout ce qui arrive dans la vie émane de la volonté divine, tout ce qui s’est passé c’est Dieu qui l’a voulu, c’est lui qui veut qu’elle soit encore là aujourd’hui ; ne pas accepter le destin,  c’est s’ériger contre le seigneur. Le mal qui leur a été fait, elle ne l’a jamais souhaité à personne, pas même à son pire ennemi. Dès 1984, sa mère le disait déjà aux plus jeunes alors que sa maison avait été pillée à Macenta et 3 de ses enfants, sans compter les autres membres de la famille, étaient encore arbitrairement détenus (Andrée et ses jeunes frères jumeaux qui n’ont jamais fait de politique, ils sont tous les deux ingénieurs d’avion).

Mais moi je pense qu’aujourd’hui il y a trop de mensonges qui ont fait trop long chemin et qu’il faudrait réagir. Mais cela, les membres de la famille directe de Sékou Touré ne le réalisent pas puisqu’ils n’ont jamais ouvert ne serait-ce qu’un seul des livres écrits par les ennemis du défunt président. Ils sont d’ailleurs toujours très étonnés d’entendre des mensonges qui pourtant ont été écrits depuis plus de 20 ans (de la « vérité du ministre au livre de Gomez en passant par le votre). De toutes manières ils sont persuadés que personne n’y croit ! Pas étonnant, vu qu’à Conakry partout où ils passent c’est encore la courbette et les éloges. Vous verrez même des gens qui ont écrit et dit beaucoup de mal sur Sékou Touré saluer avec respect et grand sourire. Normal aussi vu que comme je l’ai dit, toutes les familles sont liées en Guinée, tout le monde se retrouve aux mêmes cérémonies et il y a parfois un grand décalage entre les écrits et la réalité.

Il y a beaucoup trop de vérités qui ne se disent que dans les salons. Abdoulaye Portos Diallo par exemple, sait qu’avant son arrestation il avait déclaré au Palais du Peuple qu’il fallait la peine de mort aux « traitres », il a ensuite assisté aux pendaisons et a été jusqu'à dire qu’il n’éprouvait aucune pitié pour eux. Pourtant même le « tyran sanguinaire » n’avait pas osé assister aux pendaisons dont il est aujourd’hui tenu pour seul responsable par certains malhonnêtes. Tout cela bien sûr Portos ne nous le dit pas dans son livre sur « sa vérité du ministre ». Ce n’est qu’après être devenu un « traitre » lui-même qu’il a eu pitié de ceux qui l’avaient précédé. Peut-être s’était-il empressé de condamner les autres pour mieux se déculpabiliser lui même, qui sait ? En tous cas, de deux choses l’une, soit il était un compagnon fidèle qui a servi 13 ans durant un régime qu’il dit lui-même sanguinaire (donc il a des comptes à rendre et devrait avoir l’honnêteté de faire ne serait-ce qu’un petit mea-culpa), soit il était dans le « complot ». Dans tous les cas, son livre est cousu de mensonges, il fait croire que le soir de l’agression il est allé directement à la Présidence, inquiet pour la sécurité du Président au point de proposer à ce dernier d’aller se réfugier ailleurs. En réalité, c’est au petit matin que Portos est arrivé à la Présidence. Dieu sait ce qu’il faisait cette nuit là ! Quant au départ de Sékou Touré au matin avec la Présidente et leur garde du corps Kalagban, personne n’était au courant. Ce ne sont certainement pas les conseils d’un Portos qu’ils ont suivis. Ils sont sortis en catimini par une porte arrière pour une destination inconnue sans même crier gare à ceux qui étaient encore à la présidence. L’un des nombreux témoins de cet épisode, le vieux Ben Daouda qui était à l’époque chef de protocole vient malheureusement de décéder. Ensuite croyez-le ou non, le président Sékou Touré était intimement persuadé que Portos et les autres l’avaient trahi, il disait à qui voulait l’entendre qu’il aimait beaucoup « Porto » (comme il l’appelait) et qu’il était profondément déçu de sa « trahison ». Le témoignage de Portos est d’autant plus douteux que la rumeur a couru partout dans les années 90 qu’il s’était disputé avec Siradiou Diallo pour une histoire d’argent que celui-ci lui devait depuis l’agression en 70. C’est à ce moment parait-il que sa propre femme qui lui avait été si fidèle toutes les années qu’il a passé au Camp Boiro, s’est elle-même rendue compte qu’au fond, au moment de son arrestation, il en savait bien plus sur les préparatifs de cette agression qu’il ne le dit dans son livre. Mais quelle est la honte à publiquement dire qu’ils ont essayé de mettre fin à ce qu’ils appellent eux même une dictature sanguinaire, totalitaire et j’en passe ? Des victimes de la répression ça n’en finit pas, mais parmi eux il y a aussi ceux qui avaient réellement tenté de mettre fin au régime. Où est le mal à le dire ? De toutes évidences, aucun être humain quoi qu’il ait fait ne mérite d’être torturé, aucun être humain ne mérite de mourir pendu ou fusillé ! Certes la répression a été démesurée, mais pourquoi s’obstiner à essayer de faire croire qu’il n’y a jamais eu de complots pendant que des livres sur les activités des services secrets français (SDECE) et portugais (PIDE) de l’époque prouvent le contraire ? De plus, aucune analyse objective de l’Histoire récente de la Guinée ne peut être faite en omettant le contexte africain de l’époque ainsi que le climat de la Guerre froide. Des complots il y en avait partout à l’époque des États-Unis à l’URSS ! Comment est-ce que les régimes de Kwamé Nkrumah, Lumumba, Modibo Keita, etc. … ont-ils été renversés ? Il y avait toutes les raisons de vouloir mettre fin au régime de Sékou Touré : l’affront à la France, le soutient logistique et financier aux révolutionnaires et indépendantistes africains, la présence de Cabral et Nkrumah à Conakry … A l’intérieur, dans le gouvernement même de Sékou Touré, il y avait des opposants qui étaient en contact avec l’extérieur (les « honorables correspondants » du SDECE)… L’élimination du commerce, le fait que Sékou Touré cumulait les fonctions de Président de la République et Secrétaire général du parti, la marginalisation de l’armée, le complexe de supériorité intellectuelle de certains,  sont des éléments qui ont contribué à faire de plus en plus de mécontents…

Pour en revenir aux rectifications du chapitre de votre livre, Siaka Touré était en fait un descendant direct (par son père) de Samory Touré, c’est le seul lien de famille qu’il y avait entre lui et le Président. Mais le mensonge le plus ignominieux dans ce chapitre du fait de son caractère insolent, vulgaire, très injurieux, c’est l’accusation d’inceste contre la vieille Nounkoumba. Cela mérite bien de sérieuses poursuites judiciaires pour diffamation, faux et usage de faux !!! Votre soi-disant « témoin proche » qui n’existe que dans l’imaginaire, n’osera pas ouvrir la bouche pour vomir un mensonge aussi grossier. Mais ne vous inquiétez pas, cela n’arrivera pas car ni la victime de cette calomnie, ni personne de la famille directe du président n’en sera informé, puisqu’il n’y a aucun risque qu’ils lisent votre livre. De toutes manières, ces genres d’affabulations ne peuvent que causer un énervement passager, quand on sait que c’est archi faux, ca ne dérange pas autant.

J’en ai parlé pour m’entendre dire : « C’est quel livre ça encore? …ooooooh mais personne ne lit ce genre de conneries ! personne n’y croit ! Répondre c’est se rabaisser ! Astouba Keita ? Haha elle est bonne celle-là ! Ils font semblant, ils savent que c’est faux, tout ça, c’est tout juste pour diffamer, Astouba Keita par exemple c’est sans doute des ethnocentristes qui ont écrit ça, une manière pour eux de dissimuler le fait qu’elle soit Peuhle et puis dire la vérité décrédibiliserait tout de suite la théorie du « clan Keita ». Ou encore, « C’est Dieu qui est le juge suprême, lui il connait la vérité et c’est ce qui est important ». Bref ! Je pense qu’il est grand temps pour beaucoup de se réveiller… 

Pour revenir à nos moutons, je me demande pourquoi constamment aller chercher des explications diaboliques à tout ? Sékou Touré avait un grand sens de la famille, il était très soucieux que tous mangent à leur faim. Aussi, lorsque le beau-père de sa femme, Ibrahima Sory Keita est décédé en Juillet 1958, laissant derrière lui dix veuves et une trentaine d’enfants, bien que le défunt qui était plutôt pro-français ne l’ait pas beaucoup porté dans son cœur, Sékou Touré s’était personnellement rendu à Kankan pour demander aux veuves de sécher leurs larmes, maintenant que Sory Keita n’était plus, il leur faisait la promesse de les prendre tous en charge. Sékou Touré n’a pas pris un sou dans les caisses de l’Etat, il n’avait pas d’argent volé à donner, c’est ce qui explique que lorsque Seydou et Mamadi ont fini leur études, il leur a donné des postes afin qu’ils puissent faire manger leur grande famille. Les plus jeunes veuves se sont remariées et puis chacun s’est débrouillé en restant solidaires. Hé bien, s’il a donné des postes à un demi-frère et un demi-cousin aux demi-frères de sa femme (si on peut dire ça comme cela) afin qu’ils aient le « prix de sauce », il n’allait sans doute pas priver les maris de ses deux seules petites sœurs sorties du même ventre que lui et pour qui il représentait tout ! Soyons sérieux ! Inutile d’aller chercher des explications diaboliques à l’ascension de Sékou Cherif, quoi de plus normal ? En Afrique, quand on en a les moyens, aider sa famille à avoir au moins le « prix de sauce », c’est la moindre des choses, c’est tout à fait naturel et inconditionnel. 

Ce souci il ne l’avait pas que pour sa famille ou sa belle famille. Il faut dire qu’il se comportait aussi comme le père de tous les Guinéens, il voulait que tous mangent à leur faim. En période de pénurie, il était prêt à acheter des sacs de riz avec son propre argent pour nourrir la population. Allez demander aux pauvres familles guinéennes qui meurent de faim aujourd’hui, il y en a qui peuvent faire une semaine sans mettre la marmite au feu avec le sac de riz qui coûte plus de 100 000fg, ils vous diront sous Sékou Touré tout le monde mangeait parce que le riz était subventionné, le sac coutait a peine 1000 fg !

En relisant bien le livre de Portos, vous verrez qu’il mentionne un fait « bizarre » : Lorsqu’une personne était arrêtée, souvent et presque automatiquement, Sékou Touré nommait un membre de la même famille à un haut poste. Très curieux en effet, et difficile à comprendre pour ceux qui le diabolisent systématiquement. Mais l’explication est là, lorsque l’aîné d’une famille dite de « 5e colonne » était arrêté, Sékou Touré donnait souvent un poste à un frère cadet ou un cousin de la même famille en se disant qu’il fallait au moins quelqu’un pour assurer le « prix de sauce » à la famille en question. Bref, d’après André Lewin (le faux ami), Sékou Touré est un personnage complexe, ange pour les uns, démon pour les autres. Il est le seul à ma connaissance qui a essayé de concilier ce qu’il appelle « les deux Sékou Touré : le bon et le mauvais ». En tous cas, ceux qui n’ont connu que le « bon » se disent qu’il ne s’agit pas de la même personne qui est décrite par ceux qui parlent du « mauvais » (et sans doute vice versa…).
Il y a un proverbe qui dit : « ceux qui prétendent détenir la vérité sont ceux qui ont abandonné la poursuite du chemin vers elle. La vérité ne se possède pas, elle se cherche ». La vérité ce n’est pas ce que dit une personne ou un petit groupe de personne c’est un ensemble, c’est l’ensemble de ce que dit tout le monde. Seul un débat contradictoire et dépassionné basé sur des sources historiques fiables peut mener à la vérité.
Je répète que ce message est spécifiquement adressé à M. JEANJEAN auteur du livre « Sékou Touré un Totalitarisme Africain ». C'est à une amie que j'avais emprunté votre livre, je ne l'ai pas lu en entier, j'ai commencé par le chapitre « ses familles », après l'avoir lu j'ai compris qu'il était inutile de lire la suite avec toutes les erreurs et diffamations que contient ce petit chapitre ; Le reste est facile à imaginer! Mais je m'étais promis d'envoyer une réponse, initiative que j'ai prise seul, donc voilà. Vous excuserez le ton peu amical mais je pense que les frustrations sont justifiées.

9 mars 2008