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Général Charles De Gaulle à Conakry le 25 Août 1958

“Il est bien rare que les petits osent attenter aux droits des grands. Il est bien naturel que l’orgueil des grands tende à méconnaître le droit des petits.“ Ruy Barbosa

Au cours de tournée de campagne d’explication sur son projet de communauté le Général De Gaulle fit escale à Conakry le 25 Août 1958. Une escale qui fut revêtue des plus belles cérémonies d’accueil sur l’ensemble des territoires d’outre-mer.

Mais quelques heures plus tard un craquement va se faire sentir dans cette belle ambiance et la relation franco-guinéenne en prendra un coup sévère.

Pour comprendre ce malaise, il est important de comprendre l’homme au regard duquel la maladresse semble être faite, du moins ce que les historiens rapportent.

Parlant de Général De Gaulle, il n’est pas exagéré de dire qu’il ne fut pas seulement qu’un grand homme mais aussi un mythe pendant les deux guerres qui ont ébranlé l’ordre mondial. Il fut l’un des piliers de l’histoire contemporaine militaire française. Cependant, cet homme aux yeux des Africains est tout autre. Son image qui s’imposera en Afrique est plus que celle d’un as de guerre, d’un stratège ou encore d’un chef de gouvernement.

Dans l’Afrique coloniale, animiste et fétichiste, la personnalité du Général de Gaulle a occupée une place mystique dans les cultes de plusieurs colonies. Il est rentré dans la mythologie africaine : des pratiques rituelles lui sont sacrément consacrées.

Pour exemple: «Ngol» est un fétiche africain qui est coiffé d’un képi étoilé à l’image du général. La danse rituelle « Eko de Gaulle » est pratiquée en sont honneur. Il lui est attribué d’être un grand sorcier “blanc“ ayant des pouvoirs mystérieux capables de le protéger de ses pires ennemis.

En Août 1958, cet homme a organisé une campagne qui l’amènera à foulé le sol de tous territoires africains sous colonisation française. Ce périple si commenté n’avait qu’un objectif : expliquer aux Africains que lors de son référendum, ils peuvent choisir entre l’indépendance et la communauté avec métropole. La formule de proposition ressemblait à un principe de libre détermination mais, au fond c’était plutôt une recommandation voir même un défit que le Général Charles de Gaulle lançait aux élites d’Afrique noire. Le souhait le plus ardant de chef du gouvernement français se situait dans la balance d’un vote positif. Tout autre choix à ses yeux ne pouvait être qu’une imposture et serait conséquemment réprimée.

En cette période, l’Afrique était en phase de mutation politique. La conscience populaire s’éveillait après la guerre. La fièvre de nationalisme montait telle une pandémie, toutes les colonies de l’AOF, de l’AEF et les États sous le protectorat français abritaient des mouvements nationalistes à tendance indépendantistes. La jeunesse Africaine était alors engagée dans des luttes soit pacifiques soit armées pour la décolonisation. Des groupes de résistants se formaient un peu partout.

C’est bien l’existence de ces groupes de résistance qui fut le facteur déclencheur du voyage de Général De Gaulle en terre Africaine notamment de Guinée qui d’ailleurs n’était pas sur sa liste consultative. Cette tournée en terre Africaine du 20 au 27 Août 1958 devait permettre au général de Gaulle de redorer l’image de l’empire, absorber les crises politiques qui commençaient à déstabiliser son pouvoir et enfin réanimer l’économie française qui battait de l’ail.

Le 25 Août de cette année là, l’avion du général de Gaulle se posait sur le sol de la ville verdoyante mais rebelle de Conakry. Son accueil fut extraordinaire. Toute la population était au rendez-vous. La grande route du Niger qui fait la longueur de la presqu’île était bondée sur ses deux côtés de monde. Le spectacle animé par des danses folkloriques fut grandiose. Ce jour toutes les manifestations culturelles des quatre régions qui composent la Guinée étaient au rendez-vous pour marquer l’enthousiasme collectif. Des démonstrations de danses, de chants pour saluer l’ôte de marque. La joie du peuple de Guinée était si débordante qu’on aurait cru que ce jour était la fin de la colonisation et le début de la liberté. Tout le peuple de Guinée débout comme un seul homme derrière le PDG- RDA manifestait ainsi son ardent désir de souveraineté et d’indépendance.

C’est ce jour-là que le sort de la Guinée fut réellement scellé. Quand l’heure de la rencontre ultime entre le jeune syndicaliste Sékou TOURE et le général président Charles de Gaulle sonna, le peuple voyait sous ses yeux en ce moment, deux personnages emblématiques, deux chauvins et surtout deux figures du nationalisme exacerbant. Cette extraordinaire ambiance qui a fait rêver le Général va se dissiper très rapidement.

Le chef du gouvernement français était en Afrique pour expliquer en personne les vœux du référendum au peuple de territoire Africain et ramener dans la prairie les brebis solitaires. Il n’était pas là pour engager des débats stériles ni une polémique. Le général De Gaulle était là pour dire clairement le résultat qu’il attendait de la consultation des leaders africains. C’est ainsi qu’à la question de Léopold S Senghor :

- Qu’est ce qu’arrivera aux territoires qui voteront NON ?

Le général Charles de Gaulle à répondu :

- Ces territoires auraient fait sécession et la France en tirera toutes les conséquences. Il me semble que les Africains ont les mains liées, la métropole assimile l’indépendance à une sécession et promet une correction.

Ce voyage du général avait pour objectif d’intimider et d’impressionner les élites comme les masses populaires pour garantir un vote sans faute en faveur du projet. De Gaulle expose ainsi le but de sa campagne :

«Il est certain que ma visite, l’impression qu’elle fera, et les propos que je tiendrai vont influer fortement sur l’attitude des évolués et la réaction des foules par conséquent».

Cet homme qui n’a jamais supporté la contradiction va se voir confronté à une joute idéologique face au jeune leader guinéen contrairement aux autres leaders africains. Bien qu’au Sénégal l’ambiance n’était pas non plus bon enfant mais rapidement, les dégâts ont vite été limités.

C’est l’allocution du leader guinéen et ton pour le dire qui sont souvent mises en cause. Certes, le climat et les gesticulations ajoutés au contenu du discours font penser à un réquisitoire contre la colonisation, mais l’état d’esprit de l’hôte est l’élément fondamental de la rupture.

L’ardeur de discours de Conakry n’était rien de comparable à l’exaltation de l’orateur de Dakar et la turbulence des audiences. Seule la détermination des décideurs de Conakry fera la différence. Il n’y avait aucune alternative possible en Guinée, comme ce fut le cas à Dakar, lors que les Marabouts décidèrent d’exaucer le vœu du Général.

C’est face à un homme, dit J. Lacouture, âgé, chargé de gloire et habité d’idées généreuses…un homme déjà vieux, lourd de connaissance, d’expérience, irréfutablement fier du passé de son pays…un vieil homme blanc, recru d’histoire et encore ardent à prolonger par la grandeur la ruse et la générosité tout ensemble, le rayonnement de son pays et sa propre gloire, que les phrases les plus célèbres de l’histoire politique de la Guinée seront exposées. Ces mots restent encore les catalyseurs de l’irritation de l’homme de 18 juin.

Cette allocution est reçue par De Gaulle comme un affront, une attaque, une transgression ou encore une profanation du sacré. Le nom de celui qui symbolise l’invincibilité vient d’être vaincu. La défense de l’honneur et l’intégrité de soi s’impose. Finalement la communication devient difficile entre les deux protagonistes.

De Gaulle percevra la revendication de liberté et de dignité comme une ingratitude de Guinée envers la France. La France qui a forgé ces jeunes Guinéens qui le défi aujourd’hui sur leur terre. L’arrogance du Général Charles de Gaulle affectera son jugement des choses dont Conakry lui proposera, c’est-à-dire, une coopération basée sur l’égalité des contractuels en droits. Face à la foule, il s’efforcera d’être serein bien que déstabilisé moralement et, dans son discours, il ôtera le nom de celui qui fut quelques heures plutôt son invité à Dakar. Alors qu’il devait se rendre au dîner traditionnel avec le leader Guinéen, il préférera dîner avec ses représentants et ordonnera aux autres de ne pas accepter les invitations et offres d’honneur de l’homme de Conakry.

Depuis cette allocution, le leader devient malgré ses bonnes intentions, ses manifestations de respect et ses reconnaissances envers la France une persona non grata.

Ce pendant, l’histoire reconnaît la Guinée comme une terre de résistance à la domination étrangère. Des grands résistants Guinéens et mandingues ont bâti les armées les plus redoutables de l’Afrique noire. Parmi ces chefs de guerre l’Almamy Samory Touré, Alpha Yaya Diallo et bien d’autres. Mais l’honneur revient à Ahmed Sékou Touré de conclure cette lutte que nos ancêtres ont engagée. Car toute défaite concédée pour la défense de la terre natale est un échec honorable.

Si l’étape de Conakry n’était pas indispensable, elle est devenue alors la plus grandiose pour le prestige et l’honneur de l’Afrique.

L’accueil chaleureux qui a été réservé au Général Charles de Gaulle à Conakry, le marquera fort et restera un de ses plus grands bains de foule. Ce voyage fut aussi révélateur de sa particulière intransigeance. Ce voyage montrera également la fragilité que cette masse imposante cachait. Ainsi on peut comprendre le caractère unilatéral de l’intérêt que le projet comportait. Par orgueil personnel, le Général Charles de Gaulle rompra le dialogue entre lui et le jeune président Sékou Touré. C’est le début de la grande confiscation et de la condamnation de la Guinée malgré ses grandes potentialités, ses richesses et son peuple accueillant et laborieux.


Ibrahima CISSE

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